- Tu es triste ?
- Assurément, mais vide serait plus adapté.
- Pourquoi pleures-tu ?
- C'est l'impuissance. La peur aussi. La peur de la mort, la peur de ne pas savoir la prendre comme un cadeau. La peur de la vie aussi, sans lui.
- Tu va t'en sortir, n'en doute pas.
- Je n'en ai presque jamais douté. Mais pour s'en sortir, il faut le vouloir. Et par contre là, je ne suis pas sur de savoir ce que je veux.
- Mais alors tu préfère avoir mal et te plaindre ?
- Bien sur que non. C'est plus compliqué que ça. J'aurai juste préféré qu'il ne crève pas comme ça, en me laissant.
- Il ne t'a pas laissé, il n'a laissé personne, il est toujours là. Pas loin.
- Faux, totalement faux ! Je pense que pour être laissée, je commence à être habituée. J'avais besoin qu'il soit là, en vie. Qu'il remplace celui qui m'avait laissé comme il l'avait toujours fait. Il est mort, il n'est plus là. Faut croire que je dois vivre comme ça.
- Si tu pouvais revenir en arrière...
- M'en parle pas. Tous les mots que j'aurais du trouver ne pourront pas être écrits ici. Toutes les choses que je pensais, j'aurai du lui les dire. Parce que c'était le seul, et je l'ai toujours su. La confiance qu'il transmettait m'a empêchée d'imaginer le pire. Je n'ai pas réalisé quelle chance j'avais de connaître un être si.. Lui. Tu ne le connais pas de toute façon, je te laisse imaginer. Un écrivain, un ami, un père, un homme, ce que tu veux. Mais l'image que tu dois avoir doit être à sa hauteur. [...]
Il est mort.